Tant que vous êtes co-emprunteurs, la banque peut réclamer chaque mensualité à l’un ou à l’autre : divorce ou rupture n’effacent pas le prêt. Si vous payez seul, vous détenez souvent une créance sur votre ex ou sur l’indivision — mais pas toujours, et pas pour la période de vie commune. Pour ne plus payer à sa place, une seule voie fiable : être libéré du prêt (désolidarisation), en vendant, en transférant le crédit, ou en rachetant sa part (la soulte). Le simulateur ci-dessous estime la soulte et le montant à financer.
Vous continuez à rembourser le crédit du logement pendant que votre ex-conjoint est parti ? La situation est plus fréquente qu’on ne le croit — et plus rattrapable qu’elle n’en a l’air. Le point de départ à comprendre : aux yeux de la banque, votre séparation n’existe pas. Le contrat de prêt que vous avez signé à deux reste valable, entier, jusqu’à ce que vous le fassiez évoluer.
Ce guide fait le tri entre ce que vous devez payer, ce que vous pouvez récupérer, et les leviers concrets pour arrêter de payer seul. Les règles citées renvoient au Code civil et à service-public.fr ; elles donnent une information générale et ne remplacent pas l’avis d’un notaire ou d’un avocat sur votre dossier.
Payer seul le crédit après séparation : ce que dit vraiment la loi
Quand deux personnes signent ensemble une offre de prêt, elles deviennent co-emprunteurs solidaires. Cette solidarité est la clé pour tout comprendre : elle autorise la banque à réclamer la totalité de chaque échéance à n’importe lequel des deux, sans avoir à partager sa demande en deux.
Chaque co-emprunteur est tenu de toute la dette, pas seulement de la moitié (Code civil, art. 1310 et suivants sur la solidarité des débiteurs). Concrètement, si votre ex ne paie plus, la banque se tourne vers vous pour 100 % de la mensualité — c’est légal, et c’est pour cela que vous vous retrouvez à payer seul.
Service-public.fr est catégorique : « le divorce ou la séparation du couple ne met fin ni au contrat de prêt, ni à la garantie co-emprunteur ». Le jugement de divorce règle vos rapports entre vous, mais il n’est pas opposable à la banque. Tant que celle-ci ne vous a pas officiellement libéré, vous restez tenu — même si le juge a « attribué » le crédit à votre ex.
Autre repère utile : la solidarité automatique des époux pour les « dettes de ménage » (Code civil, art. 220) exclut justement les emprunts importants, sauf s’ils ont été consentis par les deux. Dans un crédit immobilier, la solidarité ne vient donc pas du mariage : elle vient de votre signature commune sur l’offre de prêt. D’où l’importance de la faire sauter (voir plus bas).
Qui doit payer le crédit immobilier selon votre situation ?
Entre la banque, ce que vous vous devez l’un à l’autre change selon votre statut au moment de l’achat. Voici les cas les plus courants.
| Votre situation | À qui « appartient » la dette | Ce que ça implique si vous payez seul |
|---|---|---|
| Mariage sans contrat (communauté réduite aux acquêts) |
Le bien acheté pendant le mariage et le crédit sont communs. | La dette est commune : en payant avec vos deniers propres, vous pouvez obtenir une récompense de la communauté lors de la liquidation. |
| Mariage en séparation de biens | Chacun possède le bien selon la quote-part inscrite à l’acte (souvent 50/50). | Payer au-delà de votre part crée une créance contre l’autre / l’indivision (sous réserve, voir plus bas). |
| Pacs (depuis 2007) | Régime de séparation par défaut : bien en indivision selon les quotes-parts. | Même logique que la séparation de biens : créance possible sur la part de l’autre. |
| Concubinage (union libre) | Le bien est en indivision selon ce qui figure à l’acte d’achat. | Vous pouvez réclamer à l’ex-concubin sa part des sommes payées pour le bien indivis. |
| Bien au nom d’un seul | Le crédit et le bien sont à vous seul (ou à l’autre seul). | Le propriétaire unique paie ; l’autre n’a rien à devoir… sauf s’il s’est porté caution. |
Si votre ex a seulement signé comme caution, il ne devient pas propriétaire : il garantit le prêt. La banque ne l’appellera qu’en cas de défaillance du véritable emprunteur. À l’inverse, un co-emprunteur est engagé dès la première mensualité impayée.
Je paye seul les mensualités : ai-je droit à un remboursement ?
C’est la vraie question qui fâche. La réponse courte : oui, mais avec des nuances importantes, et surtout pas de façon automatique.

Après la séparation : une créance à faire valoir
Quand vous réglez seul, après la rupture, une dette qui pèse aussi sur votre ex, vous payez pour lui : vous détenez alors une créance. Entre indivisaires, l’article 815-13 du Code civil permet à celui qui a payé les dépenses de conservation du bien (dont les échéances du prêt) d’en obtenir le remboursement au moment du partage. Gardez toutes vos preuves de paiement.
Pour la période où vous viviez encore ensemble, les tribunaux considèrent souvent que rembourser le prêt du logement familial relève de la contribution aux charges du mariage (ou du couple) : dans ce cas, aucun remboursement n’est dû. La créance ne joue pleinement que pour les mensualités payées seul après le départ de l’autre.
Si vous restez seul dans le logement indivis, vous pouvez de votre côté devoir une indemnité d’occupation à l’indivision (donc en partie à votre ex), puisque vous profitez seul du bien commun. Les deux comptes — vos mensualités payées et l’occupation — se compensent lors du règlement final.
Léa et Karim, pacsés, achètent 50/50. Après leur rupture, Karim part ; Léa règle seule 900 € par mois pendant 20 mois, soit 18 000 €. Sur cette période, elle a payé 9 000 € pour la part de Karim — une créance qu’elle pourra faire valoir au partage. Mais comme elle occupe seule l’appartement, une indemnité d’occupation pourra être déduite en face. D’où l’intérêt de régler vite la situation plutôt que de la laisser traîner.
Arrêter de payer seul : vos 3 options
Faire valoir une créance, c’est bien ; ne plus être coincé, c’est mieux. Pour vraiment sortir du prêt commun, trois chemins existent — et un seul objectif : obtenir la désolidarisation de la banque.
- Vendre le bien et solder le crédit. La vente rembourse le capital restant dû ; le solde (le « boni ») se partage selon les quotes-parts. C’est la solution la plus nette : plus de bien commun, plus de prêt commun.
- Transférer le crédit à celui qui garde la maison. L’un rachète la part de l’autre (la soulte) et reprend le prêt à son seul nom. C’est la voie « je garde le logement ».
- Racheter l’ensemble des crédits. Un rachat de soulte peut être adossé à un nouveau prêt qui regroupe capital restant dû et soulte, pour repartir sur une mensualité tenable en solo.
Un accord verbal, une clause du jugement de divorce ou une simple lettre à la banque ne vous libèrent pas. Seule la désolidarisation actée par la banque vous sort officiellement du prêt. Sans elle, vous restez appelable en cas d’impayé, même des années plus tard.
Garder le logement : désolidarisation et rachat de soulte
C’est le scénario le plus fréquent quand on paye déjà seul : vous voulez conserver la maison. Il faut alors combiner deux opérations qui vont de pair.

Étape 1 — La désolidarisation du prêt
Vous demandez à la banque de libérer votre ex et de vous laisser seul emprunteur. La banque réétudie votre dossier comme un nouveau crédit : revenus, reste à vivre, taux d’endettement. Elle peut refuser si vos seuls revenus ne couvrent pas l’échéance. Le détail des démarches est expliqué dans notre guide désolidarisation de prêt immobilier.
- Qui décide ? La banque, seule : elle n’a aucune obligation d’accepter.
- Frais ? Des frais d’avenant (souvent quelques centaines d’euros) et, en général, une nouvelle garantie (caution ou hypothèque) à votre seul nom.
- Délai ? Comptez plusieurs semaines : étude du dossier, accord, passage chez le notaire pour l’acte.
- Refus ? Renforcez le dossier (co-emprunteur, apport, allongement de durée) ou envisagez la vente.
Étape 2 — Le rachat de soulte
En parallèle, vous rachetez la part de votre ex sur le bien : c’est la soulte. Elle se calcule sur la valeur nette du bien (valeur du marché moins capital restant dû), multipliée par la quote-part de celui qui part. L’acte passe obligatoirement chez le notaire.

Simulateur de rachat de soulte
Estimez en quelques secondes la soulte à verser à votre ex et le montant total à financer pour garder le bien. Ajustez la valeur, le capital restant dû et les quotes-parts ; les résultats se recalculent instantanément.
Calculez votre soulte
Une estimation indicative, hors frais d’acte détaillés. Le montant exact est arrêté par le notaire.
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Ce total réunit le capital restant dû que vous reprenez à votre seul nom, la soulte et les frais estimés. Le droit de partage de 1,1 % (taux en vigueur depuis 2022) est calculé sur la valeur nette ; il est compris dans les frais de notaire. Pour le détail, voyez les frais de notaire d’un rachat de soulte.
Combien coûte réellement un rachat de soulte ?
Au-delà de la soulte elle-même, deux postes pèsent : la fiscalité du partage et les frais liés au nouveau financement.
Le droit de partage est une taxe de 1,1 % calculée sur la valeur nette du bien ; il a été abaissé de 2,5 % à 1,1 % depuis le 1ᵉʳ janvier 2022 pour alléger les partages après divorce. S’y ajoutent les émoluments du notaire et, si vous empruntez pour financer la soulte, les frais de garantie du nouveau prêt.
Faites estimer le bien par deux ou trois agences avant de fixer la soulte. Chaque tranche de valeur en plus ou en moins se répercute directement sur ce que vous versez à votre ex — c’est souvent là que se jouent plusieurs milliers d’euros.
Prestation compensatoire : à ne pas confondre avec le crédit
Dans un divorce, on entend souvent parler de prestation compensatoire. Attention : elle n’a rien à voir avec le crédit immobilier. La prestation compensatoire vise à corriger la différence de niveau de vie créée par la rupture ; elle peut d’ailleurs prendre la forme d’un capital ou de l’attribution d’un bien, mais elle ne « paie » pas le prêt.
Le remboursement du crédit, lui, suit la logique de la dette commune et de l’indivision décrite plus haut. Les deux sujets se croisent dans la négociation globale du divorce, mais ils reposent sur des règles distinctes — d’où l’intérêt d’un accompagnement pour ne pas mélanger les curseurs.
Les erreurs à éviter quand on paye seul
- Croire que le jugement de divorce vous a libéré du prêt : seule la banque le fait.
- Arrêter de payer « pour forcer » l’autre : l’impayé abîme votre dossier et peut mener au fichage.
- Ne pas conserver les preuves de vos versements : sans elles, pas de créance à faire valoir.
- Laisser traîner des mois : indemnité d’occupation et intérêts s’accumulent contre vous.
- Fixer la soulte « à la louche » : faites évaluer le bien sérieusement.
Si vous préparez un projet, notre comparatif emprunter seul ou à deux détaille comment limiter ce type de risque dès la signature.
Questions fréquentes
Qui doit payer le crédit immobilier en cas de séparation ?
Face à la banque, les deux co-emprunteurs restent tenus solidairement : elle peut réclamer toute l’échéance à l’un comme à l’autre. Entre vous, la répartition dépend de votre régime (communauté, indivision) et de vos quotes-parts. Celui qui paie au-delà de sa part peut réclamer le trop-payé à l’autre.
Est-ce que les dettes de mon conjoint sont les miennes ?
Pour un emprunt immobilier, vous n’êtes engagé que si vous l’avez signé (co-emprunteur ou caution). La solidarité des époux pour les dettes de ménage (art. 220 du Code civil) exclut les emprunts importants non consentis par les deux. En clair : pas de signature, pas de dette — sauf régime de communauté pour les dettes communes.
Puis-je récupérer les mensualités que j’ai payées seul ?
Oui pour les échéances réglées seul après la séparation : vous détenez une créance (art. 815-13 du Code civil pour un bien indivis). En revanche, pour la période de vie commune, les tribunaux y voient souvent une contribution aux charges du couple, non remboursable. Conservez toutes vos preuves de paiement.
La banque peut-elle refuser la désolidarisation ?
Oui. La désolidarisation n’est jamais automatique : la banque réétudie votre solvabilité seul. Si vos revenus ne suffisent pas à porter le prêt, elle peut refuser. Vous pouvez alors renforcer le dossier (apport, allongement de durée, nouvelle caution) ou choisir de vendre le bien.
Comment garder la maison quand il reste un crédit ?
Deux opérations combinées : racheter la soulte de votre ex chez le notaire, et obtenir la désolidarisation du prêt (ou un nouveau prêt à votre seul nom regroupant capital restant dû et soulte). Le simulateur ci-dessus estime le montant total à financer.
Combien coûtent les frais de notaire d’un rachat de soulte ?
Comptez le droit de partage de 1,1 % de la valeur nette, plus les émoluments du notaire — soit environ 2,5 % pour un rachat comptant, et jusqu’à 7 à 8 % si vous financez la soulte par un nouveau crédit (garantie comprise).
Besoin d’être accompagné sur votre dossier ?
Désolidarisation refusée, litige sur la soulte ou impayés : un professionnel peut débloquer la situation. Découvrez quand consulter un spécialiste.
Sources : Service-public.fr, « Garantie co-emprunteur en cas de divorce ou de séparation » et « Qui paie le crédit de la maison en cas de divorce ? » ; Code civil, art. 220, 815-13 et 1310 et suivants ; droit de partage à 1,1 % (loi de finances, applicable depuis le 1ᵉʳ janvier 2022). Information générale à jour de 2026, ne constituant pas un conseil juridique personnalisé : pour votre situation, consultez un notaire ou un avocat.






