L’essentiel en 4 lignes
Aucun texte n’impose une durée plus courte à une profession libérale : la décision du Haut Conseil de stabilité financière fixe le même plafond pour tout le monde, 35 % de taux d’effort et 25 ans de maturité. Ce qui change, c’est le revenu retenu, que la banque reconstruit à partir de vos bilans. Et si vous financez les murs de votre cabinet, vous sortez du code de la consommation : plus de taux d’usure, plus de délai de réflexion de dix jours, plus de loi Lemoine. Le simulateur ci-dessous chiffre les deux cas.
Vous êtes médecin, avocate, kiné, expert-comptable, architecte ou infirmière libérale, et la première banque vous a répondu que « c’est plus compliqué ». C’est vrai, mais pas pour les raisons qu’on lit partout. La contrainte réglementaire, elle, est exactement la même que pour un salarié en CDI. Ce sont les usages internes des banques et la façon dont elles reconstruisent votre revenu qui font la différence, et ces deux choses se négocient.
Cet article s’appuie uniquement sur des sources primaires : la décision du HCSF publiée au Journal officiel, le code de la consommation, le tableau des taux d’usure de la Banque de France du 1er juillet 2026 et la dernière étude de l’ACPR sur le financement de l’habitat. Chaque chiffre est daté.
Ce que la règle impose vraiment (et ce qu’elle n’impose pas)
Depuis le 1er janvier 2022, les conditions d’octroi d’un crédit immobilier ne sont plus une simple recommandation. Elles sont fixées par une décision du Haut Conseil de stabilité financière, publiée au Journal officiel du 10 octobre 2021, prise sur le fondement du 5° de l’article L. 631-2-1 du code monétaire et financier. Son article 1er tient en deux lignes.
« Outre leurs critères propres, les établissements de crédit et les sociétés de financement mentionnés à l’article L. 511-1 du code monétaire et financier appliquent les critères d’octroi cumulatifs suivants en matière de crédit immobilier : (i) le taux d’effort des emprunteurs de crédit immobilier n’excède pas 35 % ; (ii) la maturité du crédit n’excède pas 25 ans. »
Décision n° D-HCSF-2021-7 du 29 septembre 2021, article 1er, JORF n° 0237 du 10 octobre 2021
Trois mots méritent qu’on s’y arrête : « Outre leurs critères propres ». Le texte pose un plafond commun, et laisse chaque banque libre d’être plus sévère. Toute règle du type « trois bilans minimum », « pas plus de 20 ans pour un indépendant » ou « 10 % d’apport obligatoire » relève de cette seconde catégorie. Ce sont des politiques d’établissement, pas du droit. Elles varient d’une enseigne à l’autre, et c’est précisément ce qui rend la mise en concurrence rentable pour un libéral.

Le mythe des 20 ans
Au moment où nous écrivons, le premier résultat organique de Google sur la requête « crédit immobilier profession libérale » affirme l’inverse du texte. La page, datée du 10 mars 2026, écrit : « Un crédit immobilier pour une profession libérale ne pourra pas avoir une durée de 25 ans. » Elle enchaîne : « La durée maximale sera de 20 ans; cependant cette durée reste une exception. »
Une affirmation contredite par le texte
Aucune disposition ne réserve les 25 ans aux salariés. La décision du HCSF s’applique à tous les emprunteurs, quel que soit leur statut, et tolère même une maturité de 27 ans lorsqu’un différé d’amortissement est justifié par une vente en l’état futur d’achèvement, un contrat de construction de maison individuelle ou des travaux représentant au moins 10 % du coût total de l’opération. Ce seuil de travaux a été abaissé de 25 % à 10 % par la décision n° D-HCSF-2023-6 du 18 décembre 2023.

Si une banque vous propose 20 ans quand vous demandez 25, elle applique sa politique interne. Vous avez le droit de demander pourquoi, et de faire chiffrer les deux durées ailleurs. La différence n’est pas cosmétique : à capital et à taux identiques, passer de 25 ans à 20 ans alourdit la mensualité de 15,4 %, calcul fait sur les 328 063 € de l’exemple plus bas, à 3,40 % avec une assurance à 0,25 %.
Le revenu retenu : la vraie variable d’ajustement
Un salarié apporte un bulletin de paie, et le débat s’arrête là. Un libéral apporte des liasses, et tout commence. La décision du HCSF, elle, définit très précisément ce qu’est un revenu.
« Revenus annuels » : le revenu net avant impôt de l’emprunteur (ou à la somme des revenus nets avant impôt des co-emprunteurs le cas échéant) calculé comme le revenu net global tel que défini aux articles 156 et 156 bis du code général des impôts, majoré des abattements forfaitaires non déjà pris en compte et minoré des revenus exceptionnels, c’est-à-dire les revenus qui par leur nature ne sont pas susceptibles de constituer une ressource stable et récurrente, mobilisable pour faire face aux charges d’emprunt. »
Décision n° D-HCSF-2021-7, article 4
Deux morceaux de cette phrase valent de l’argent pour un libéral.
Premier levier, « majoré des abattements forfaitaires non déjà pris en compte ». Un professionnel au micro-BNC déclare ses recettes brutes, et l’administration applique un abattement forfaitaire de 34 % avec un minimum de 305 € : c’est l’article 102 ter du code général des impôts, dans sa version en vigueur depuis le 1er juillet 2026, qui plafonne aussi le régime à 83 600 € de recettes. Au sens de la décision du HCSF, cet abattement doit être réintégré. L’assiette du texte, c’est donc la recette brute, pas les 66 % restants. Aucune banque n’est pour autant tenue de vous suivre : le texte fixe une définition commune, il ne lui interdit pas d’être plus prudente. C’est un argument de négociation, pas un droit.

Second levier, « minoré des revenus exceptionnels ». Une indemnité de cessation d’activité, une plus-value de cession de patientèle, une aide ponctuelle : ces montants gonflent votre bénéfice de l’année mais ne rentrent pas dans l’assiette. Anticipez la question, sinon elle vous sera opposée au pire moment.

Là où l’usage bancaire s’écarte du texte
La décision ne dit pas combien d’exercices regarder. C’est un vide, et les banques l’ont rempli avec leurs propres conventions, sensiblement plus prudentes. Les pratiques les plus répandues, telles que les décrivent les courtiers spécialisés, tiennent en deux règles.
- La moyenne des deux ou trois derniers exercices quand la courbe monte ou reste stable.
- Le plus faible des exercices dès que le dernier est en baisse, même légère.
La conséquence est spectaculaire, et elle explique la plupart des refus incompris : à chiffres rigoureusement identiques, l’ordre dans lequel ils tombent change la capacité d’emprunt. Trois exercices à 61 000, 68 000 puis 72 000 € donnent un revenu retenu de 5 583 € par mois. Les trois mêmes montants dans l’ordre inverse, 72 000, 68 000 puis 61 000 €, donnent 5 083 €. Soit, à 3,40 % sur 20 ans avec une assurance à 0,25 %, une capacité de 328 063 € contre 298 684 €. Près de 30 000 € d’écart pour la même somme de bénéfices.

| Votre régime | Ce que vous déclarez | Assiette au sens du texte HCSF | Ce que la banque retient en général |
|---|---|---|---|
| BNC, déclaration contrôlée (2035) | Le bénéfice net | Le bénéfice net, hors revenus exceptionnels | Moyenne des 3 exercices, ou le plus faible si le dernier baisse |
| Micro-BNC | Les recettes brutes, abattues de 34 % | Les recettes brutes, abattement réintégré | Le bénéfice après abattement, soit 66 % des recettes |
| Gérant de SEL ou SELARL | La rémunération de gérance | La rémunération, abattement de 10 % réintégré | La rémunération, souvent lissée sur 2 ou 3 ans |
| Dividendes de SEL à l’impôt sur les sociétés | Soumis au prélèvement forfaitaire unique | Hors du revenu net global de l’article 156 lorsqu’ils restent au PFU | Réintégrés au cas par cas, avec décote, s’ils sont récurrents |
Le point à faire trancher par écrit
Le traitement des dividendes est le sujet le plus flou de tout le dossier d’un associé de SEL. Le texte du HCSF renvoie au revenu net global des articles 156 et 156 bis du code général des impôts, dont les dividendes soumis au prélèvement forfaitaire unique ne font pas partie. En pratique, chaque banque a sa doctrine. Demandez-la avant de monter le dossier : c’est souvent elle qui décide du montant final, pas votre patrimoine.
Ce que le taux d’effort compte, exactement
La même décision définit le taux d’effort comme le ratio des charges annuelles d’emprunt sur les revenus annuels, en précisant qu’il « s’apprécie en prenant les charges annuelles d’emprunt maximales sur l’ensemble de la période d’amortissement des crédits ». Autrement dit, un prêt à paliers ne se juge pas sur son palier le plus doux, mais sur le plus lourd. Et les charges d’emprunt comprennent l’ensemble des montants dus, assurance emprunteur incluse dès lors qu’elle est exigée.
Simulateur : ce que la banque va retenir de vos trois derniers exercices
L’outil applique la mécanique décrite ci-dessus. Il affiche côte à côte l’assiette prévue par le texte et le revenu que retiendra une banque prudente, puis en déduit la mensualité maximale à 35 %, la capacité d’emprunt et le plafond d’usure applicable à votre projet. Les taux d’usure proviennent du tableau de la Banque de France publié plus bas.
Votre capacité d’emprunt en profession libérale
Trois exercices, un objet de prêt, une durée : l’outil calcule ce que la banque retiendra et ce que vous pouvez viser.
Profil finançable
Votre dossier entre dans les clous
Avec trois exercices et plus d’ancienneté, votre dossier est étudié comme celui d’un salarié : c’est le revenu retenu qui décide, pas votre statut. Mettez au moins trois établissements en concurrence, y compris une banque spécialisée dans les professions libérales, car la façon de reconstruire le revenu varie d’une enseigne à l’autre.
Le TAEG de votre prêt, tous frais et assurance obligatoire compris, devra rester sous le plafond d’usure de 5,29 % applicable au 1er juillet 2026.
Estimation indicative, calculée sur une mensualité constante et une assurance assise sur le capital initial. Elle ne préjuge d’aucune décision d’octroi : chaque établissement applique en plus ses critères propres, notamment sur le reste à vivre et l’apport.
Deux achats, deux droits : la résidence et les murs du cabinet
C’est le point que la quasi-totalité des pages sur le sujet passe sous silence, alors qu’il change tout. Le chapitre « crédit immobilier » du code de la consommation, celui qui protège l’emprunteur, exclut expressément les prêts professionnels.
« Sont exclus du champ d’application du présent chapitre : […] 2° Ceux destinés, sous quelque forme que ce soit, à financer une activité professionnelle […] »
Article L. 313-2 du code de la consommation, version en vigueur depuis le 1er juillet 2016
Un prêt qui finance l’acquisition des murs de votre cabinet finance une activité professionnelle. Il sort donc du chapitre. Et comme la décision du HCSF ne s’applique, par son article 3, qu’aux « contrats de crédit mentionnés à l’article L. 313-1 du code de la consommation », le plafond des 35 % et celui des 25 ans ne s’y appliquent pas non plus.

| Protection | Résidence ou locatif (crédit immobilier) | Murs du cabinet (prêt professionnel) |
|---|---|---|
| Plafond de taux d’usure | Oui, de 4,07 % à 6,39 % selon la durée au 1er juillet 2026 | Non, sauf sur les découverts en compte |
| Taux d’effort plafonné à 35 % | Oui, décision du HCSF | Non, le prêteur fixe ses propres limites |
| Durée plafonnée à 25 ans | Oui, 27 ans avec différé dans les cas prévus | Non, mais les durées pratiquées sont plus courtes |
| Délai de réflexion de 10 jours | Oui, article L. 313-34 | Non |
| Offre maintenue 30 jours | Oui, article L. 313-34 | Non |
| Résiliation de l’assurance à tout moment | Oui, loi Lemoine | Non prévue par le texte |
| Questionnaire médical supprimé sous conditions | Oui, sous 200 000 € et avant 60 ans | Non prévue par le texte |

Les deux droits de la loi Lemoine du 28 février 2022 sont rédigés de la même façon : ils visent l’assurance d’« un contrat de crédit mentionné au 1° de l’article L. 313-1 du code de la consommation ». La résiliation à tout moment figure à l’article L. 113-12-2 du code des assurances, la suppression du questionnaire médical à l’article L. 113-2-1, tous deux en vigueur depuis le 1er juin 2022. Sur un prêt professionnel, ces textes ne vous sont d’aucun secours : l’assurance se négocie au moment de l’offre, ou pas du tout.
Le test qui tranche, et qui se plaide
Si la banque vous a remis une offre de prêt assortie du délai de réflexion de dix jours et du maintien des conditions pendant trente jours de l’article L. 313-34, elle a elle-même appliqué le formalisme du crédit immobilier à votre dossier. C’est un argument opposable, et il vaut mieux que n’importe quelle discussion sur la qualification du prêt.
Et si l’appartement sert aussi de cabinet ?
Le 1° de l’article L. 313-1 vise les « immeubles à usage d’habitation ou à usage professionnel et d’habitation ». Un logement dans lequel vous exercez reste donc dans le champ protecteur du crédit immobilier. C’est l’usage mixte qui sauve le régime, pas la surface consacrée au bureau.
Le montage en SCI ne se tranche pas d’une phrase
Beaucoup de libéraux logent les murs de leur cabinet dans une SCI qui les loue à la structure d’exercice. Le prêt est alors consenti à une personne morale, et le tableau de la Banque de France range les sociétés « n’ayant pas d’activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou professionnelle non commerciale » dans une catégorie soumise à l’usure, à 5,73 % sur 20 ans et plus au 1er juillet 2026. Reste à savoir si le crédit est regardé comme finançant une activité professionnelle, ce qui dépend du montage. Nous n’avons pas trouvé de source primaire tranchant tous les cas de figure : faites qualifier le prêt par écrit avant de signer, et lisez notre guide sur la vente d’un bien en SCI avec un crédit en cours pour la sortie du montage.
Les taux d’usure applicables au 1er juillet 2026
Le taux d’usure est le plafond légal du TAEG, tous frais et assurance obligatoire compris. Il est défini par l’article L. 314-6 du code de la consommation comme le taux effectif moyen du trimestre précédent majoré d’un tiers, et publié chaque trimestre par la Banque de France. Le tableau ci-dessous reprend les valeurs du document publié le 29 juin 2026, applicables depuis le 1er juillet 2026. C’est lui qui alimente le simulateur.
| Catégorie de prêt | Taux effectif moyen, 2e trimestre 2026 | Taux d’usure au 1er juillet 2026 |
|---|---|---|
| Taux fixe, durée inférieure à 10 ans | 3,05 % | 4,07 % |
| Taux fixe, de 10 ans à moins de 20 ans | 3,43 % | 4,57 % |
| Taux fixe, 20 ans et plus | 3,97 % | 5,29 % |
| Taux variable | 3,96 % | 5,28 % |
| Prêt relais | 4,79 % | 6,39 % |
| Personne morale sans activité industrielle ou commerciale, 20 ans et plus | 4,30 % | 5,73 % |
| Personne physique agissant pour ses besoins professionnels | 14,25 % sur les découverts | 19,00 %, sur les seuls découverts en compte |
La dernière ligne mérite d’être relue deux fois. Pour un professionnel qui emprunte pour ses besoins professionnels, la seule catégorie soumise à l’usure est le découvert en compte. C’est l’article L. 313-5-1 du code monétaire et financier, en vigueur depuis le 1er janvier 2014, qui le prévoit. Un prêt à 6 % sur les murs d’un cabinet n’est donc pas usuraire : il est simplement cher. La seule protection qui reste est la mention obligatoire du taux effectif global dans l’écrit, que l’article L. 314-5 du code de la consommation impose à tout contrat de prêt.

Pour recalculer un TAEG complet à partir d’un taux nominal, de frais de dossier et d’une prime d’assurance, utilisez notre simulateur de crédit gratuit, qui prend ces trois entrées et rend le TAEG en sortie.
La marge de flexibilité de 20 %, le vrai levier d’un dossier atypique
Le HCSF n’a pas voulu fermer la porte aux profils qui ne rentrent pas dans les cases. Sa décision autorise chaque établissement à déroger aux deux critères sur une part de sa production trimestrielle. Depuis la décision du 29 juin 2023, cette marge fonctionne ainsi : jusqu’à 20 % de la production de nouveaux crédits immobiliers du trimestre, dont au moins 70 % réservés aux acquéreurs de leur résidence principale et au moins 30 % aux primo-accédants, les 30 % restants étant libres d’utilisation, soit 6 % de la production trimestrielle.
Cette marge est mesurée, et elle n’est pas saturée. Dans son étude « Le financement de l’habitat en 2024 », publiée le 30 juillet 2025, l’ACPR relève que la part des prêts dépassant les seuils du HCSF s’élevait à 16,1 % au quatrième trimestre 2024, pour une marge autorisée de 20 %.
Ces quatre chiffres, tous issus de l’étude de l’ACPR sur l’année 2024, disent une chose utile à un libéral : le marché emprunte en moyenne bien en dessous des plafonds, et il reste de la place sous la marge de flexibilité. Un dossier à 36 % de taux d’effort ou à 25 ans n’est pas hors la loi, il consomme une ressource rare que la banque arbitre. D’où l’importance d’arriver au bon moment du trimestre, et surtout avec un dossier qui ne demande qu’une seule dérogation.
Une question qui fait gagner du temps
« Où en êtes-vous de votre marge de flexibilité ce trimestre ? » Peu de particuliers la posent, et elle indique immédiatement si votre dossier hors critères a une chance d’être instruit maintenant ou s’il vaut mieux attendre le trimestre suivant.
Assurance emprunteur : le poste qui coûte le plus cher à un libéral
Un salarié en arrêt de travail perçoit des indemnités journalières et, très souvent, un maintien de salaire prévu par sa convention collective. Un libéral, lui, arrête de facturer. C’est pour cette raison que les garanties d’incapacité et d’invalidité valent, dans son cas, bien plus cher que la garantie décès, et qu’elles doivent être lues ligne à ligne.
- La définition de l’invalidité. Une garantie qui indemnise l’incapacité à exercer « toute profession » ne servira à rien à un chirurgien qui peut encore enseigner. Le contrat doit viser l’incapacité à exercer sa profession.
- Le mode d’indemnisation. Forfaitaire, l’assureur paie l’échéance prévue au contrat. Indemnitaire, il ne paie que la perte de revenus réellement constatée, ce qui peut réduire fortement la prise en charge d’un indépendant dont l’activité continue de tourner. Le détail dans notre article sur la garantie forfaitaire ou indemnitaire.
- La franchise. 90 jours est un standard, 30 jours se négocie et change la donne pour une activité sans salariés.
- Les exclusions liées au métier. Affections dorsales et psychiques sont fréquemment exclues ou rachetables, ce qui concerne directement les professions médicales et paramédicales.
Sur un crédit immobilier classique, la loi Lemoine vous laisse changer d’assurance à tout moment : profitez-en après la signature si le contrat groupe de la banque vous a été imposé pour boucler le dossier. Notre guide sur la délégation d’assurance emprunteur détaille la procédure et les délais de réponse du prêteur.
Monter le dossier dans le bon ordre
- Réunissez trois exercices, pas deux. Liasses 2035 ou bilans, avis d’imposition correspondants, et le détail des postes exceptionnels si votre dernier exercice en contient. La checklist des justificatifs d’un prêt immobilier vaut aussi pour vous, à ceci près que la partie revenus est plus épaisse.
- Nettoyez douze mois de compte professionnel et personnel. Les découverts répétés pèsent davantage qu’un bénéfice moyen : ils racontent une gestion, et c’est ce que l’analyste lit en premier.
- Chiffrez votre revenu retenu avant le rendez-vous, avec le simulateur plus haut, et présentez-le vous-même. Un libéral qui arrive avec sa propre reconstitution du revenu inverse la charge de la discussion.
- Séparez les deux financements. Le prêt de la résidence et celui des murs ne se plaident pas devant le même interlocuteur ni avec les mêmes arguments. Les mélanger dans un seul rendez-vous fait perdre le bénéfice du régime protecteur sur le premier.
- Mettez en concurrence, y compris hors de votre banque. Certains établissements ont une filiale dédiée aux professions libérales réglementées, et les conditions ne se comparent pas sur le seul taux nominal : regardez le TAEG, les garanties exigées et les frais de remboursement anticipé.
Un cas chiffré, de bout en bout
Une kinésithérapeute en BNC déclare 61 000 €, 68 000 € puis 72 000 € de bénéfice sur trois exercices. Sa banque retient la moyenne, soit 67 000 € par an et 5 583 € par mois. À 35 %, la mensualité maximale ressort à 1 954 €, assurance comprise. Sur 20 ans à 3,40 % avec une assurance à 0,25 % du capital, cela finance 328 063 € et coûte 140 937 € au total. Si elle rembourse déjà 900 € de crédit auto et de prêt d’installation, la mensualité disponible tombe à 1 054 € et la capacité à 176 972 €. Le prêt d’installation, plus court, est souvent le premier levier à actionner.
Les cinq erreurs qui coûtent le plus cher
- Confondre chiffre d’affaires et revenu retenu. Aucune banque ne finance des honoraires bruts : elle finance un bénéfice, moins les revenus exceptionnels.
- Se laisser dire qu’un statut interdit une durée. Le plafond est de 25 ans pour tout le monde, et de 27 ans avec différé dans les cas prévus par le texte.
- Signer un prêt professionnel en croyant garder les protections du crédit immobilier. Ni usure, ni délai de réflexion, ni loi Lemoine.
- Négliger la définition de l’invalidité de l’assurance, alors que c’est le risque numéro un d’une activité qui repose sur une seule personne.
- Déposer un dossier qui demande deux dérogations à la fois, par exemple 36 % de taux d’effort et 25 ans : la marge de flexibilité se consomme, elle ne se cumule pas.
Un refus n’est jamais définitif et se corrige presque toujours : notre article sur les raisons d’un refus de prêt immobilier reprend les sept motifs les plus fréquents. Et si votre activité relève du régime micro sans être une profession libérale réglementée, le cas particulier est traité dans notre guide du crédit immobilier en auto-entrepreneur.
Questions fréquentes
Combien d’années d’ancienneté faut-il pour emprunter en profession libérale ?
Aucun texte n’en exige. La pratique des banques tourne autour de trois exercices clos, parfois deux quand la progression est nette et la trésorerie propre. En dessous de deux ans, très peu d’établissements instruisent seuls le dossier : un co-emprunteur salarié, une caution ou un apport plus élevé compensent.
Une infirmière libérale peut-elle emprunter comme une salariée ?
Oui, la règle d’octroi est identique : 35 % de taux d’effort, 25 ans de maturité. La différence tient à la reconstitution du revenu, à partir des déclarations 2035, et à la lecture de l’assurance emprunteur, dont les garanties d’incapacité comptent davantage pour une activité qui s’arrête en cas d’arrêt de travail. Le statut, lui, n’ouvre ni ne ferme aucun droit.
Comment calculer sa capacité d’emprunt quand on est en BNC ?
Partez du bénéfice des trois derniers exercices, retirez les revenus exceptionnels, prenez la moyenne si le dernier exercice est au moins égal à cette moyenne, sinon le plus faible des trois. Divisez par 12, multipliez par 0,35, retirez vos mensualités en cours : vous obtenez la mensualité maximale, assurance comprise. Le simulateur plus haut fait ce calcul et en déduit le capital.
Puis-je acheter un appartement pour y installer mon cabinet ?
Oui, et le régime dépend de l’usage. Un bien à usage professionnel et d’habitation reste dans le champ du crédit immobilier du code de la consommation, avec ses protections. Un local exclusivement professionnel en sort, par l’effet du 2° de l’article L. 313-2. La qualification se joue sur l’usage réel du bien, pas sur le libellé du prêt.
Le crédit-bail immobilier est-il une bonne solution pour un libéral ?
C’est une location assortie d’une option d’achat, utilisée pour financer des locaux professionnels sans apport. Elle ne relève pas du crédit immobilier du code de la consommation et n’est donc encadrée ni par le taux d’usure, ni par le délai de réflexion. À comparer poste par poste avec un prêt classique, redevance et valeur de l’option comprises. Notre guide des prêts professionnels d’investissement détaille les montages.
Quel taux pour un prêt immobilier en profession libérale en 2026 ?
Les banques n’affichent pas de barème par statut. Le repère public est le taux effectif moyen mesuré par la Banque de France sur l’ensemble du marché : 3,97 % au deuxième trimestre 2026 sur les prêts à taux fixe de 20 ans et plus, tous frais et assurance obligatoire compris. Un TAEG nettement au-dessus signale soit un dossier jugé risqué, soit une assurance à renégocier.
La banque peut-elle refuser à cause du statut de la société d’exercice ?
Elle peut, au titre de ses critères propres, que l’article 1er de la décision du HCSF laisse expressément subsister. Ce qui se plaide, c’est la reconstitution du revenu : rémunération de gérance seule, ou rémunération plus dividendes récurrents. Demandez la doctrine de l’établissement par écrit avant de déposer, et comparez, car elle diffère d’une enseigne à l’autre.
Le taux d’endettement de 35 % inclut-il l’assurance emprunteur ?
Oui. La décision définit les charges d’emprunt comme la somme des montants totaux dus par l’emprunteur, et précise que le taux d’effort s’apprécie sur les charges annuelles maximales de toute la période d’amortissement. Un prêt à paliers se juge donc sur son palier le plus lourd. Notre article sur le taux d’endettement maximum en crédit immobilier détaille le calcul.
Ce qu’il faut retenir
La difficulté d’un libéral face au crédit immobilier n’est pas réglementaire, elle est documentaire. Le plafond est le même pour tous, et il est écrit noir sur blanc dans une décision publiée au Journal officiel. Ce qui se joue, c’est la reconstruction de votre revenu par un analyste qui, faute de règle commune, applique la convention de sa maison. Arriver avec vos trois exercices, votre calcul et la connaissance du régime juridique de votre prêt, c’est reprendre la main sur la seule variable qui compte.
Comparez avant de signer
Deux banques ne reconstruisent pas votre revenu de la même façon. L’écart se chiffre en dizaines de milliers d’euros de capacité.
Information générale. Cet article présente le cadre applicable au 12 août 2026 et ne remplace pas l’analyse d’un professionnel, courtier, avocat ou expert-comptable, sur votre situation. Un crédit vous engage et doit être remboursé : vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager. Les taux et plafonds cités sont datés et évoluent, notamment chaque trimestre pour les taux d’usure.
Sources. Décision n° D-HCSF-2021-7 du 29 septembre 2021 relative aux conditions d’octroi de crédits immobiliers, JORF n° 0237 du 10 octobre 2021, et décisions modificatives du 29 juin 2023 et du 18 décembre 2023 (Légifrance, Haut Conseil de stabilité financière). Code de la consommation, articles L. 311-1, L. 313-1, L. 313-2, L. 313-34, L. 314-5 et L. 314-6. Code monétaire et financier, articles L. 313-5-1 et L. 631-2-1. Code des assurances, articles L. 113-2-1 et L. 113-12-2. Code général des impôts, article 102 ter. Banque de France, « Taux d’usure et taux effectifs moyens pratiqués par les établissements de crédit et les sociétés de financement », document publié le 29 juin 2026, applicable au 1er juillet 2026. ACPR, « Le financement de l’habitat en 2024 », Analyses et Synthèses n° 174, publiée le 30 juillet 2025.






